Décryptage réalisé le 27 juin 2017 par Frank-David Cohen, Senior Manager chez EY


Si vous aviez investi $100 de Bitcoins en 2010, vous auriez aujourd’hui une petite fortune de 72.9 millions de dollars ! (lien source : http://www.cnbc.com/2017/05/22/bitcoin-price-hits-fresh-record-high-above-2100.html) Plus récemment l’Ethereum (la 2e crypto-monnaie la plus importante), en quelques mois, est passée de $8 l’unité (en février 2017) à $400 (début juin 2017). De quoi donner le vertige ! Décryptage en 4 points :

1.Qu’est-ce que la crypto-monnaie ?

La crypto-monnaie est une monnaie électronique dont l’existence et les échanges reposent sur la blockchain. Autrement dit, tout est décentralisé et s’appuie sur un réseau de plusieurs milliers d’ordinateurs qui contribuent à cette blockchain (en peer to peer) : aucune banque, aucun pays pour servir de tiers de confiance ou pour réguler.

La blockchain, dans sa conception de base de données distribuées, sécurise les échanges de manière autonome : chaque ordinateur qui fait partie d’une blockchain y contribue. Dans le cas de la crypto-monnaie, chaque mouvement d’argent est non pas inscrit sur un système bancaire centralisé mais sur plusieurs ordinateurs de la blockchain qui font donc office de registre distribué et décentralisé. Les propriétaires de ces ordinateurs – qui contribuent au fonctionnement de cette blockchain par génération de blocs d’enregistrement des transactions ou par ‘minage’ pour créer de nouvelles unités de crypto-monnaie – sont rémunérés en crypto-monnaie en fonction de leur contribution.

Chaque nouvelle transaction modifie tous les éléments futurs de la chaine de blocs. Ainsi pour pirater un échange de crypto-monnaie il faudrait savoir quels sont les différents ordinateurs qui enregistreront le mouvement et modifier selon un algorithme très complexe les blocs qui vont suivre. La falsification est donc tellement complexe que l’on peut considérer qu’elle est impossible.

2. Comment ça marche ?

Pour pouvoir posséder de la crypto-monnaie, il faut s’équiper d’un wallet électronique. Pour ce faire, il existe 3 possibilités :

  • Le wallet physique type Ledger : Il s’agit d’une petite clé USB qui permet de stocker des crypto-monnaies de manière parfaitement sécurisée (cryptée, avec une double sécurité lors des échanges d’argent, sauvegarde possible, etc.).
  • Le wallet logiciel type Jaxx : Il s’agit d’une application sur le web, iOS ou Android pour stocker sa crypto-monnaie. C’est une solution relativement simple et rapide à utiliser.
  • La plate-forme d’échange avec wallet intégré (par exemple : Kraken, Bittrex, etc.) : Il s’agit d’une plate-forme d’échange de crypto-monnaie qui permet d’en acquérir et d’en vendre (et de la stocker) dans différents wallets. Ces wallets étant accessibles par identifiant / mot de passe, il y a un risque important de piratage notamment chez les utilisateurs les moins vigilants. Il est donc préférable de ne pas utiliser ces plate-forme pour stocker mais simplement pour échanger.

En aout 2016, la plate-forme d’échange de crypto-monnaies Bitfinex a été hacké et l’équivalent de 72 millions de dollars en Bitcoins a été volé. À la suite de cet incident, le Bitcoin a perdu 20% de sa valeur pourtant sa sécurité n’y était pour rien. (Lien source : http://thehackernews.com/2016/08/bitcoin-exchange-price.html) La version web de Jaxx a également été l’objet d’un piratage. La solution la plus sécurisée pour stocker sa crypto-monnaie reste donc le wallet physique.

Un wallet possède une ou plusieurs adresses pour chaque crypto-monnaie (sous forme d’un code hexadécimal de 64 caractères ou plus selon les monnaies ou d’un QR Code). Un transfert d’argent se fait de manière plus ou moins rapide selon la technologie de la crypto-monnaie (quelques minutes pour de l’Ethereum et près de 20 minutes pour du Bitcoin.). Une fois que de l’argent est envoyé, il est strictement impossible d’annuler. Mieux vaut ne pas se tromper d’adresse de destinataire donc !

Il est également possible de se limiter à de la spéculation sur la crypto-monnaie via des plate-forme comme eToro qui permettent de prendre des positions mais sans acquérir physiquement la monnaie. Sur ce type de plate-formes il est possible d’acheter ou de vendre une crypto-monnaie (contre des dollars ou des euros) mais impossible d’utiliser directement la monnaie chez un commerçant ou de l’échanger contre une autre crypto-monnaie. C’est uniquement de la spéculation.

3. Comment naissent les crypto-monnaies ? Pourquoi y en a-t-il plusieurs ?

Lorsqu’une nouvelle crypto-monnaie va être lancée, elle passe souvent par une ICO : Initial Coin Offering (c’était le cas de l’Ethereum par exemple). Une logique comparable à Kickstarter pour de la crypto-monnaie. Mi-juin 2017, l’ICO de Status.im a levé $270M en moins de 3 heures !

Lors d’une ICO, on prend connaissance des spécificité de la monnaie, de l’équipe qui la représente, de la technologie qu’elle utilise et de ses avantages ainsi que de la road map prévue. Souvent il y a une période de minage limitée dans le temps où limitée à un montant d’unité de manière à faire prendre de la valeur à la monnaie en la raréfiant.

Il existe de nombreuses crypto-monnaies dont l’utilité laisse pour le moins dubitatif (CanabisCoin, Legends, etc.). En revanche, d’autres comme l’Ethereum se démarquent du Bitcoin sur plusieurs aspects notamment la gestion des smart contracts et la rapidité des transactions.

Le smart contract est d’ailleurs probablement l’élément différenciateur le plus fort : c’est un protocole informatique qui intègre à la fois le contrat et son exécution. Par exemple si vous vendiez une voiture d’occasion avec un smart contract, il vérifierait que toutes les conditions sont bien remplies côté acheteur et côté vendeur et déclencherait la transaction en même temps. La vente de la voiture ne pourra ainsi être effective que si l’argent est transféré côté acheteur et côté vendeur la voiture est non gagée, etc. Imaginez un contrat suffisamment intelligent pour être le contrat et le notaire à la fois ! Vous vendez un bien et c’est le contrat qui vérifie que les conditions sont remplies et à la minute où c’est le cas, la transaction est effective !

4. Révolution ou pure spéculation ?

La crypto-monnaie et plus généralement la blockchain amorce une révolution certaine. La valeur de la crypto-monnaie doit cependant se baser sur des éléments tangibles pour être solide. Par exemple :

  • La market cap : est-ce que la monnaie est répandue ? Quel volume ?
  • « Le réseau d’acceptation » : Est-ce que je peux payer avec chez les commerçants ? Est-ce que cette monnaie semble s’imposer ?
  • Ses spécificités techniques.
  • Ses apports, ses usages.

À l’heure actuelle, la crypto-monnaie est très peu accessible au grand public : elle nécessite d’avoir des connaissances techniques, elle est risquée pour ceux qui ne prendraient pas les précautions nécessaires, etc. La flambée des valeurs des différentes crypto-monnaies est donc très largement liée à la spéculation et risque à tout moment de s’effondrer. Cependant certaines crypto-monnaies, même si elles connaissent de fortes fluctuations (l’ETH a perdu 30% en une semaine en juin 2017), ont de solides arguments avec des market caps très élevés.

Le succès de l’Ethereum en partie lié aux smart contracts pourrait accélérer le développement de ces usages.

Reste à savoir si demain les interfaces et les processus deviennent plus accessibles et se démocratisent, comment réagiront les états et les banques afin d’éviter pour les uns de perdre totalement le contrôle des flux financiers et pour les autres de disparaitre tout simplement, emportant avec eux les notaires, les auditeurs et tous les autres métiers d’intermédiation ou de tiers de confiance, remplacés par des smart contracts ?